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TIME TO EXIST ( EXPOSITION EN COURS )

 

se coltiner les identités
valsent têtes corps mots bribes
éparses objets foules trop
c’est dans leur passé
c’est traits
c’est grimés
qu’ils arpentent se fraient passage vers animalitéoù sont fardés nos faits-divers?
les tables vitupèrent assènent missives sol-airle dard la donne la danse l’hagard la dame trame FARsi les errants ici les postiches si les vacants ici les ministressi les alliés
si les visites
si les relents
si les sinistres
si les héros
si nos euros
si ces sons
tels des visages craignent leur propre nomsi délié si héler
si délit de faciès si daigner
si trainer si glisser entrelacs
si croire s’y planquer au fond de soiles parts les goûter
bouts de chaires à ployer
les Ravis embauchés
au débit bois faciès mascara disséminés

Texte: Christophe Boursault

L’exposition «Time to exist» sous le commissariat de Daniela Zuniga réunit trois natures de création contemporaine hétérogènes, leurs approches se distinguent par l’histoire des artistes proposés, exerçant dans un champ visuel avec des rétines uniques propres à la vision de chacun pour déceler un trait commun, celui du langage et des outils, se parler pour exister, s’unir pour faire l’inventaire des signes de la ponctuation des souffles telle est l’ampleur de l’action de l’être.  Il n’est pas question ici d’une addition de fractions mais d’un cycle de vie, de fécondité.          

A l’instar de la procréation d’un battement pour relancer l’organe qui distille l’énergie et donne la chance aux pas de marquer la traversée aux confins du mouvement. Les artistes choisis ont conscience de la survivance des traces originelles, de la fragilité des temps, du mécanisme de l’horloge humaine de l’auto-responsabilité du geste, de l’acte, du désordre. Sabine Delahaut, Christophe Boursault, Kamel Yahiaoui, trois artistes qui ne s’ignorent pas, acceptent le pari d’exister dans l’espace afin de verser dans le ring du possible, le coup de l’utile , de l’expérimentale respiration venant des intériorités de l’ultime différence.

La notion de ce dialogue initié par Alma Espace d’Art est un ensemble d’interrogations qui nous concernent au plus haut à la mesure de la distance qui nous sépare et de l’expression qui nous rassemble, nul ménagement quand nos vies se prêtent au tempérament du dialogue des sensibilités aiguës,          

cette particule du cœur qui bat au service de l’art qui donne l’existence au vivre.

Texte: Kamel Yahiaoui

 

 

 

 


BOUT DE ROUTE

 

 

Disponibles pour un déplacement, les « porte-avions » sont là, posés au sol appuyés sur une structure créé de petits tasseaux en bois colorés à l’encre rouge. Prêtes à être embarquées ces planches rangées côte à côte comme dans un rack à ski, mettent à jour leur pro l, en attente du déplacement, d’un enlèvement, comme dans une consigne.

Les porte-avions questionnent le prolongement du voyage, un petit bout de route en plus. Ces objets permettent à l’artiste et au spectateur par son regard, de se poser, de se projeter; comme une surface de respiration sur laquelle on peut passer, pour une pose, un rêve, un envol.

Elles sont montrées dans toutes leurs postures, verticales pour le plus grand nombre, horizontalement, avec une inscription rouge « Reporte » remettre à un peu plus tard, le voyage. Ces gabarits, vues de dessus du pont d’envol d’un porte-avions, sont des pistes d’atterrissage redressées, comme des silhouettes immobiles dans l’attente d’une arrivée, d’un atterrissage; d’un départ, d’un décollage. Elles sont là pour projeter une intention beaucoup plus loin, se rejoindre, permettre une présence.

Ces planches basculent dans un exercice du corps-à-corps, de transfert de poids, de transport. Constantes dans leur constitution, elles se changent en abordant une autre position, elles acquièrent une autre attitude sur le an, sur le dos.
Mon travail pose la question de l’insistance, cette intention à vouloir aller toujours plus loin, se dépasser, se déplacer, «Reporte» c’est porter à nouveau un projet, une nouvelle fois. Cela dans une insistance à se mouvoir, physiquement ou intellectuellement, une constance à vouloir persister, maintenir une destination, une curiosité, un questionnement, une rencontre…

Se maintenir en voyage.

SCULPTURE PERFORMEE

Prêtes au déplacement, à la culbute, ces pièces, pneus d’avion à la gomme noire, sont là posées au sol, prêtes à être éprouvées. Découpées en morceau, mettant à jour leur pro l, elles questionnent le maintien, la tenue de route, le dérapage. Elles permettent à l’artiste et au spectateur par son regard, une pratique performative, danser; comme une surface de repos sur laquelle on peut s’asseoir, grimper, rouler, monter, se renverser. Elles sont testées dans toutes leurs postures, leurs déplacements, positionnées sur le chant, sur la tranche, sur leur coupe.
Elles basculent dans un exercice du corps-à-corps, de transfert de poids, de transport. Constantes dans leur constitution, elles se changent en abordant une autre position, elles acquièrent une autre attitude sur le an, sur le dos.

Si Rémi Uchéda s’est fait reconnaître en tant que sculpteur son œuvre se développe aussi aux limites de la danse et de la performance. Les liens intrinsèques qu’il élabore entre ses disciplines de prédilection voient ses œuvres mises à l’épreuve des corps qui se frottent à leur surface.

Il utilise souvent les mêmes types d’objets : antenne, séchoir, galerie de voiture, barrière, pneus. Sa pratique de leur modi cation
se rapproche le plus souvent de ready made modi és par pliage ou déréalisations sur le mode fragmentaire. Il s’implique dans une pratique de type minimale qui réduit ce même type d’objet à sa seule structure élémentaire. Ses interventions les renouvellent dans le change de référent que son action leur impose.

Son autre préoccupation consiste à matérialiser les traces de l’expérimentation physique et sensorielle des sculptures par le spectateur. L’objet détourné de son champs d’utilité se voit dissocié de sa surface, de sa dépouille qui peut dans un second temps s’exposer de façon indépendante. Quand il recouvre parois ou structure de l’objet de scotch double face c’est pour que ses danseurs et performers viennent frotter leurs vêtements de laine qui y laissent peluches et traces de bres colorées. Il développe ainsi une nouvelle physicalité qui permet une communication plus sensorielle entre le non animé et l’humain.

Texte de Christian Gattinoni

 

 


RURBANSPIRIT

 

 

 

“On dirait que ça te gêne de marcher dans la boue”(1).

Dans une sorte d’élan moderniste, les campagnes ont sacri é leur identité rurale pour adopter une esthétique toute pavillonnaire. Ce soucis de conformité a vu pousser des trottoirs dans les centres bourgs et Hélène(2) aurait bien du mal à y crotter ses sabots en allant chercher l’amour et son eau.
Pourtant la nécessité de tels ouvrages de circulation laisse perplexe au regard de la fréquentation piétonnière et on s’interroge sur le réel bien-fondé de ces aménagements.

Tout aussi irrationnel, les places des bourgades eurissent de jardinières et autres suspensions colorées qui seraient plus utiles à nourrir un citadin en proie au dé cit de nature qu’un habitant des champs.
Comme si les occupants de ces villages ressentaient le besoin d’être au diapason d’une esthétique globale, le désir de se fondre dans la masse.

Dans cette volonté du « être pareil qu’ailleurs », les communautés rurales se transmuent en fac-similés de zones périurbaines jusqu’à l’aseptisation totale des espaces ruraux.
Ainsi disparaissent des paysages les abris, les appentis de tôles ondulées galvanisées et rouillées pour laisser place à des hangars de tôle bac-acier couleurs lie-de-vin ou vert sapin. Car, si ces constructions étaient d’une esthétique rebutante, elles n’en étaient pas moins, depuis des décennies, des marqueurs du paysage et de son activité.

Quant aux cours de fermes, elles se sont transformées en des « Southfork Ranch »(3) version pvc qui questionnent sur ces travailleurs de la terre. Comme si le bon sens paysan avait disparu, les agriculteurs arrachent les haies et les arbres pour que ce soit plus pratique; certains pensant même à faire disparaître les ruminants du paysages en les enfermant dans les étables de mille têtes.
A n d’o rir aux visiteurs et aux résidents secondaires une image fantasmée plus champêtre et bucolique, d’anciennes machines agricoles trônent au milieu des rond-points ; ici, une charrette à chèvre benne pour planter un parterre de eurs, là, une vielle charrue et d’autres outils soudés rejouent maladroitement Jean Tinguely.

Ce décor normalisé trans gure les campagnes en un espace virtuel ou plus personne n’a peur de se salir les chaussures.
Alors pourrons nous à l’avenir encore marcher dans la boue.
À l’époque où potagers et ruches investissent les villes, la campagne fait tout pour paraître de plus en plus urbaine. Ces hybridations pourtant antinomiques seraient autant de terreaux d’où germent les pièces des quatre artistes rurbains présentés pour l’exposition. Nourri par la street culture, Antoine Abel opère des basculements par l’emprunt à une esthétique et à des matériaux plus paysans. C’est par des décalages et des distorsions géographiques que Jean Bonichon tente de rapprocher ce qui ne peut pas l’être. Stéphane Vigny serait le plus « pavillonnaire » des quatre, s’il n’avait réalisé des pièces dont la matière première s’identi e immédiatement comme extraite de ruralité.
Quant à Steve Tournadre, il «lie, met en lumière des macules de vie en mouvements, des sols, des bovins, des espaces territoires à rencontrer.»(4)

Texte: Jean Bonichon

(1) Tître single Le Loir et Cher, Michel Delpech, Barclay, 1977
(2) Héroïne de la chanson les sabots d’Hélène, Georges Brassens, Polydor, 1954
(3) Ranch de la famille Ewing dans la série tv Dallas, Lorimar Studios, 1978/1991
(4) Steve Tournadre, décembre 2017

 

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