Exposition « Fabrica Mundi » / Diana Righini

Vernissage de l’exposition « Fabrica Mundi » de l’artiste Diana Righini du 28 Janvier jusqu’au 15 Février.

Venez découvrir l’exposition en présence de l’artiste.
&
Concert jazz in quartet avec:
Ludovic Crimi, Tommy Charrin, Jesse Luostarinen, Hannes Molsa
Communiqué de presse

ALMA, nouvel espace d’art implanté dans le cœur du 5ème arrondissement, et la librairie la Petite Egypte sont heureux de vous inviter à « Fabrica Mundi », une exposition en deux volets présentée par Diana Righini.

Des drapeaux composés de chutes de tissus, une cabane faite de bric et de broc, des collages cartographiques, et des atlas dessinant des territoires aux frontières fluentes : la « Fabrica Mundi » de Diana Righini esquisse les traits d’un monde éclaté, en perpétuelle mutation.
Glanant et recyclant des objets oubliés, des matériaux abandonnés, des images ou des informations, Diana
Righini travaille à partir d’une multiplicité de fragments, et réactualise les principes du collage cher à Dada, aux
surréalistes ou aux nouveaux réalistes. Car la « Fabrica Mundi » désigne davantage un modus operandi, un protocole artistique, que l’objet issu du processus créatif. Cette expression renvoie à la dynamique qui se trouve au fondement de tout geste artistique, plutôt que de fétichiser son produit final. Diana Righini assemble ainsi des fragments et les réorganise dans une configuration inédite qui leur prête un nouvel usage, une nouvelle signification, par rapport à leur fonction initiale. Dès lors, la démarche de l’artiste tend à nous offrir une nouvelle perspective sur les matériaux qu’elle collecte, à faire varier nos points de vue sur le monde et les objets qui le constituent. En somme, elle nous invite à nous mouvoir et à remettre notre pensée en mouvement, loin des catégories rigides et des stéréotypes qui irriguent l’opinion.

En effet, les cartes intitulées Nous sommes tous le Sud de quelqu’un d’autre révèlent la relativité de nos percep-
tions et de nos jugements. Le monde, entendu comme un monde « commun », un espace ouvert à la pluralité des hommes, se trouve éclairé par une multitude d’approches et de sensibilités. « Le monde prend fin lorsqu’on ne le perçoit que sous un seul aspect, lorsqu’il n’a le droit de se présenter que dans une seule perspective »,prédisait sombrement Hannah Arendt, annonçant par là l’émergence d’une société unidimensionnelle, fille du
capitalisme triomphant et de l’ethnocentrisme des politiques occidentales.

La « Fabrica Mundi » rappelle alors que l’Atlas de Gérard Mercator, première cartographie scientifique créée en 1595, concorde avec l’émergence du colonialisme et de l’impérialisme européens. Le tracé des frontières et des routes maritimes consacrent l’avènement des Etats-Nations, de l’expansionnisme capitaliste, et transforme le monde à leur mesure. The Map is not the Territory souligne ainsi le caractère foncièrement contingent et arbitraire de nos représentations. Loin de reproduire les contours d’un monde stable qui nous serait objectivement donné, les cartes relèvent bien plutôt d’une volonté de manipuler et de s’approprier des territoires. Ainsi, la « Fabrica Mundi » ne ferait que refléter un point de vue particulier sur le monde qui, en créant une carte, tente
de produire, d’imposer et de légitimer sa propre vision du globe (désignation d’un centre au détriment d’une périphérie, ostracisation de régions et de populations, territorialisation des identités, frontières entre peuples, races, classes, genres, etc.).

François Salmeron
Critique d’art et chargé de cours à l’Université Paris 8

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