Exposition « Objets du désir »

Objets du désir
∙ Johan Bonnefoy ∙ Etienne Fleury ∙ Renata Sgarbi ∙
ALMA – Espace d’Art
Exposition du 8 au 30 avril 2017
Vernissage le 8 avril 2017 de 18h
À la cave: Opening set & Jam session
Sava Meda – Contrabass
Soheil Tabrizi Zadeh – Guitar
Jesse Luostarinen – Drums

« Je ne veux pas de l’amour. Si je me mets à aimer des trucs, je sais que ça va être pire, que ça sera encore une chose qui me causera du souci. Tout est moins douloureux quand on n’aime pas. » (Clay, in Moins que zéro, Brett Easton Ellis, 1985)

A l’ombre des palmiers, dans la fraîcheur des piscines, Clay (qui peut aussi se traduire par argile) cherche l’ataraxie en zigzaguant sur les lignes blanches de Beverly Hills. La quête de la jeunesse dorée que met en scène Bret Easton Ellis se situe en-dessous de la ligne de flottaison ; elle échappe à tout désir, esquive n’importe quel sauvetage.
L’environnement idyllique de la douce Californie de Moins que zéro joue à contre-emploi : le ciel s’y fait lourd et les terrasses ne renvoient que solitude dans cet envers du décor où l’aisance embrasse un ennui mortel.
La pulsion de vie qui saisissait Stendhal jusque dans l’amertume de ses amours déçues n’aurait alors plus cours, comme si elle s’était figée dans une angoisse sur papier glacé.
Pourtant ces paradis renvoient à l’artifice. ‘Artifex’ : celui qui pratique un métier avec art – comme Zeuxis, ce peintre antique moqué par Platon dont les fresques étaient si parfaites que les oiseaux se cassaient le bec contre les fruits sensuellement contrefaits.
Lacan parlait ainsi d’un objet a, qui représente l’écart entre l’idée de l’objet désiré et sa réalité : jamais réduit, cet écart devient une poussée qui ne parvient jamais à destination, une somme qui ne peut être totale.

Appuyé sur les ambivalences, le travail d’Etienne Fleury semble s’inscrire dans un jeu de séduction autant que dans un jeu de dupes, employant le double sens pour circonscrire illusions perceptives et impasses fantasmatiques. Usant d’un vocabulaire délibérément pop, ancré dans le quotidien fantasmé de l’abondance, ses sculptures reproduisent les objets qui peuplent l’iconographie populaire.
Si les apparences se font trompeuses, par la maîtrise des techniques de l’argile, qui devient porcelaine, grès ou faïence grâce au truchement de l’art du feu, l’objectif de ces objets réside dans l’artifice. Aucun appétit ne pourra être assouvi en mordant dans Piece of Cake. Aucun corps ne pourra se soutenir dans l’eau sur les Bouées avec la grâce des jeux d’été. Aucune richesse ne pourra se refléter dans les lingots d’or (Gold Bullion) – tout au plus s’y contempler prise au piège.

Les vues de Johan Bonnefoy, par leur cadrage et leur composition, tirent leurs perspectives et leurs motifs des cartes postales envoyées pour témoigner d’une présence joyeuse au coeur de sites ravissants. Pourtant, une impression d’absence domine : déserte, la palmeraie bleue tissée de calmes cirrus ; personne pour se promener dans le parc ; les conversations restent muettes sous les ombrelles.
Ces Extérieurs fragmentaires semblent imperméables, vidés de toute réalité humaine : insoucieux de cet observateur qui les capture dans un dernier espoir de s’y incorporer, ils flottent en silence dans leur sublime.

Depuis ses premières balades solitaires sur les plages du nord du Brésil, Renata Sgarbi récupère des souvenirs inconnus apportés par le ressac. Minutieusement assemblés, ils gardent l’empreinte de ce passage en prenant l’apparence d’oursins, de bancs de coraux ou de grappes de bernacles et emprisonnent dans leurs rouleaux des mots auxquels les formes ne donnent plus accès, comme un symbolon où s’épousent deux contours pour ne former plus qu’un dessin. Ce que l’on voit alors est un rébus, le contenu manifeste masquant un contenu latent et lui faisant écran. Comme les créatures fossiles des cabinets de curiosités, ne livrant que leur exotisme, les sculptures de Renata Sgarbi se protègent pudiquement du désir d’en savoir plus : noli me tangere.

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