Exposition « Pièces détachées » / Clément Bailleux

Vernissage de l’exposition  » Pièces détachées » de l’artiste Clément Bailleux
du 19 mai au 18 Juin 2017 & Collage performance DJ set
Clément Bailleux explique qu’être peintre c’est être un artiste académique, et en adopter la posture. Tel un portraitiste à la cour, en sa qualité d’institution ou de marché aujourd’hui, il aime concevoir ses oeuvres en fonction des attentes à satisfaire.
Il renouvelle ainsi ses travaux selon le cadre dans lequel ils seront montrées, sous le dictat de la commande ou du goût qu’il aura identifié chez le commissaire, galeriste, critique. La posture lui permet certainement d’imposer quelques contraintes à sa production, et un rythme à son mode de vie de peintre d’atelier.
Clément Bailleux se repose sur ce même principe pour parvenir à mettre temporairement de côté la question du sujet, prenant son temps pour d’innombrables expérimentations du motif. Chaque série – jamais datée car surement jamais close – peut compter une dizaine de tableaux comme les petits formats d’Archicool, et une toile peut présenter l’accumulation d’une centaine d’éléments, à détailler dans La déconfiture ou dans Blockbuster.
Cette mauvaise fois de l’exécutant, on aurait tort d’y voir cynisme ou manque de fantaisie. Elle trouve dans les tableaux une réponse à contre pied : Clément Bailleux est un trompeur, il joue la carte du docile pour mieux se libérer, à la manière du peintre égyptien imaginaire conté par Ernst Kris et Otto Kurz dans La légende de l’artiste : « la supériorité de l’artiste éclate dans ses rapports avec ses commanditaires (…) Un compagnon peintre peignit la Fuite en Egypte sur l’une des bannières de procession, mais seul l’âne avait été exécuté à la peinture à l’huile; le reste fut donc effacé dès la première pluie. (…) Pour se venger d’un public réprobateur et mal informé, il fait semblant de retoucher son oeuvre puis la représente, intacte, à ses critiques qui s’empressent alors, à sa grande joie, d’en admirer la réussite. »
Lui-même accorde une place prépondérante à ces aspects intimes et relationnels, tant il laisse ses marques dans les images qu’il crée, gestes de travail et iconographie quotidienne. Il ne gomme presque pas, conserve le dispositif de création visible. Cette négligence permet aux toiles de rester en hypothétique chantier, dans un combat jamais résolu entre les motifs et les références qui agissent comme des spectres qu’on ne peut saisir que partiellement. Tout est à regarder telle une destruction de l’état et l’environnement naturels des objets, la boulimie de signes vient à bout de toute organisation. Dans cette hystérie contemporaine, aux couleurs d’une anarchie pop rassemblant La Laitière et Ghostbuster, la fondation architecturale semble être
le seul pilier intarissable. Série montrougienne née pour le Salon, les Châteaux, aussi solides qu’envahis par la foire de l’imaginaire, permettent à Clément Bailleux d’affirmer son « éthique professionnelle » de la séduction de masse.

Olga Rozenblum

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